Ces dernières années, le nombre des concours a explosé et des milliers de vins obtiennent chaque année des médailles plongeant les consommateurs dans l’incertitude. Jugez plutôt. Alors qu’en 2013, la DGCCRF ne certifiait que six événements, ils sont plus de 130 en 2016. Bernard Delaye, le président du concours de Mâcon évoquant même le chiffre faramineux de 200 concours ! Comme par exemple Féminalise, en Bourgogne, dont le jury est exclusivement féminin et qui déjà s’exporte en Asie.
Premier constat les recettes des organisateurs des concours sont en effet alimentées par les vignerons médaillés qui payent deux fois, parfois cher. Une première fois pour présenter leurs vins (de 42 € par échantillon pour Mâcon à 180 € pour Chardonnay du Monde). Ensuite, si le vin est primé, les vignerons peuvent afficher un diplôme dans leur caveau et y faire référence dans leurs publicités. Ils repaient alors pour acheter les fameux macarons autocollants à apposer sur leurs bouteilles. Tarif : de 14,50 € les 1 000 médailles pour le Concours général agricole de Paris à 80 € les 1 000 pour Riesling du Monde et 110 € les 1 000 pour Chardonnay du Monde. Plus il y a de vins médaillés, mieux l’organisateur gagne sa vie…
Autre point faible : L’Office international de la vigne et du vin impose en effet un niveau maximum de vins médaillés sur l’ensemble des participants, soit 33 %. il est rare que ce ratio descende sous les 25 %. Ainsi, quelle que soit la qualité des vins présentés, il y aura toujours entre 25 et 33 % de vins médaillés.
La concurrence des concours étrangers est d’autant plus féroce que ces derniers ne respectent pas toujours la règle édictée par la France et même par l’OIV des 33%. Très loin des 70 % de médaillés de Decanter. Ou du record établi par The Drink Business qui distingue 90 % des champagnes qui concourent !
Enfin, si les frais d’inscription aux concours hexagonaux restent raisonnables , à l’international ils explosent souvent (jusqu’à 185 € + les frais d’envoi et les taxes à l’importation pour celui de Decanter). Sans compter les prix des macarons qui sont vendus par les concours eux-mêmes aux heureux médaillés.
Une médaille ne constitue pas un signe officiel de qualité, contrairement à ce que laisse croire la “com” de certains concours.
Ensuite, les organisateurs se livrent parfois à des tours de passe-passe dont les consommateurs ignorent totalement les subtilités. Ainsi, la médaille de bronze n’existe pas dans certains concours. Par un habile glissement des catégories, elle est remplacée par la médaille d’argent, elle-même remplacée par la médaille d’or, elle-même remplacée par… une grande médaille d’or (Concours mondial de Bruxelles) ou un trophée d’excellence (Riesling du Monde). Dans ces concours, personne ne regrette l’absence du bronze : l’or et l’argent séduisent plus le client en magasin…
Reste que pour un vigneron, remporter une médaille est l’assurance de vendre son vin 10 à 15 % plus cher. Pour la grande distribution, qui en France vend 70 % des vins consommés à la maison, les vins médaillés sont également plus attractifs que les autres. Thomas Constenoble, le directeur du concours de Bruxelles nous confie que « les acheteurs de la grande distribution encouragent très fortement les vignerons avec lesquels ils travaillent à présenter leurs vins aux concours car les médailles boostent leurs ventes ».
Un acheteur de Carrefour qui opère à Bordeaux et à Massy confirme, sous le sceau de l’anonymat : « Si nous hésitons entre trois vins, le médaillé aura automatiquement notre faveur même si, pour nous, c’était le moins bon des trois ». Les macarons sont aussi recherchés par certains importateurs. Les vins primés par des concours comme Bruxelles, Vinalies, ou Chardonnay du Monde, sont ainsi notés “A” par la puissante Société des alcools du Québec (SAQ) et bénéficient de ce fait d’une aide précieuse à l’exportation.
Pour finir l’un des talons d’Achille des concours concerne les jurés :
Sont-ils tous de fins dégustateurs ?
Leurs notes seraient-elles les mêmes s’ils regoûtaient les vins ailleurs ?
Faut il pouvoir enchaîner les vins en dégustation, parfois 10,20,30 lors d’un même concours tout en restant juste tout le long!!!
Plus le nombre de jurés est important, plus il est difficile de ne fédérer que des dégustateurs de qualité. C’est là le défi des concours qui jugent un grand nombre de vins : il faut dénicher jusqu’à 2 400 jurés pour le Concours général agricole de Paris. Aussi les bonnes âmes sont-elles accueillies avec gratitude pour peu qu’elles justifient de manière déclarative d’une expérience en dégustation. Et qu’elles acceptent d’officier bénévolement !
Compte tenu du nombre croissant de concours et de l’importance accordée aux médailles en France et à l’étranger, la Répression des fraudes a mené l’enquête en 2007 sur “la véracité des médailles apposées sur les bouteilles”. Elle a pointé la traçabilité défaillante des cuvées médaillées après avoir eu de la peine à remonter, à partir de la bouteille primée, jusqu’aux lots concernés. Cette année-là, sur 464 contrôles dans les chais, un seul procès-verbal a été dressé pour fraude avérée. C’est plutôt rassurant, mais des rappels pour “anomalies” ont été adressés à 9 % des entreprises. Et 20 % des vins analysés (un vin sur cinq !) n’étaient pas conformes à ceux présentés aux concours.

 Conclusion : faites davantage confiance à votre goût qu’aux médailles des concours !