Les viticulteurs d’Angleterre tirent leur épingle du jeu grâce au réchauffement climatique. Leurs vins effervescents gagnent en qualité et rivalisent désormais avec le champagne.

Intriguée par le développement rapide de la viticulture en Angleterre, Vranken-Pommery( deuxième plus gros chiffre d’affaire des maisons de champagne derrière Moët et Chandon) a tenté l’aventure anglaise après un “coup de cœur” pour cette colline du Hampshire au sous-sol crayeux. Quinze hectares de chardonnay, pinot noir et pinot meunier, les trois cépages typiques champenois, y ont été plantés l’an dernier.

“On a été obligé d’arroser les plants au mois de juin, ce qui est assez incroyable. Compte tenu de la réputation du climat anglais, on ne s’y attendait pas”, confie Clément Pierlot, directeur des vignobles et chef de cave de champagne Pommery & Greno.

La Grande-Bretagne a enregistré des températures bien au-dessus des moyennes saisonnières une bonne partie de l’été et un déficit de pluie, a souligné l’office de météorologie britannique, qui s’attend à ce que le thermomètre grimpe encore au cours des prochaines décennies. “Plus nous aurons d’années comme ça et plus nous aurons de style” en matière de vins, se réjouit James Bowerman.

LE VIN EFFERVESCENT BRITANNIQUE, DE L’ARTISANAT À L’INDUSTRIE

Pour le ministre britannique chargé de l’Environnement, Michael Gove, le changement climatique est “une opportunité”. Le vin effervescent anglais offrira “bientôt encore plus de plaisir aux amateurs britanniques que les champagnes français”, prédit-il. Si la production de vins effervescents (“sparkling wines” en anglais) n’est pas nouvelle en Angleterre, le nombre d’hectares plantés a augmenté de 150% ces dix dernières années.

Avec quatre millions de bouteilles, ils représentent 68% des vins produits sur le sol britannique en 2017. Une part qui devrait grimper car le pinot noir, le pinot meunier et le chardonnay constituent 71,2% des cépages plantés. “On est passé d’une industrie artisanale à une industrie florissante”,  observe Cherie Spriggs, vigneronne en chef chez Nyetimber, un domaine dont les premières vignes ont été plantées il y a trente ans.  Cette année, elle a remporté le titre de productrice de vin effervescent de l’année à l’International Wine Challenge, un sparkling détrônant pour la première fois un champagne.

“On a quasiment le même climat que la Champagne il y a cent ans”, s’exclame Chris Foss, un enseignant anglais spécialiste de la science de la vigne. “Il y a 30 ans c’était impossible de mûrir le chardonnay, les vins restaient verts, durs, très acides, ça ne marchait pas. Mais maintenant, pas de problème”. Avec l’effervescent, l’Angleterre a véritablement trouvé son “créneau”, juge-t-il.

Outre Vranken-Pommery, une autre Maison de champagne réputée, Taittinger, a pris pied de l’autre côté de la Manche.

34.000 HECTARES DE TERRES BRITANNIQUES SERAIENT PROPICES À LA CULTURE DE LA VIGNE

La plupart des vignobles se situent dans le sud-est de l’Angleterre (Surrey, Sussex et Kent) et dans le Hampshire (sud) mais le réchauffement climatique a ouvert de nouvelles possibilités. Une étude scientifique a ainsi récemment identifié 34.800 hectares de terres en Angleterre et au Pays de Galles (ouest) considérées comme propices à la culture de la vigne en raison de “saisons plus chaudes”, comme dans l’Essex (au nord-est de Londres) ou dans le Suffolk (est de l’Angleterre).

Les domaines anglais font cependant encore figure de petit poucet face aux géants champenois. Et si les Britanniques raffolent des bulles, l’effervescent anglais est cher, comparé au prosecco italien qui fait un carton sur l’île. En cause : le prix des terres et le coût de la main-d’œuvre, élevés.